Lequel de nos jeunes étudiants français, ayant eu l’opportunité d’étudier l’allemand dans le cadre d’un échange « Erasmus », ne connaît pas cette histoire troublante de la jeune résistance allemande qui débutait à Munich en 1933, alors que Hitler prenait peu à peu le pouvoir et, en un peu plus de dix années, mettait l’Europe à feu et à sang ?
A tous ceux qui haïssent la langue allemande et prétendent que les germanophones ne sont que des graines de nazis, je répondrai ceci : En Europe, pendant les heures troubles de l’occupation, il y a ceux qui luttaient dans l’ombre, à armes inégales, ceux qui vivaient dans la crainte ou dans la honte et enfin ceux qui ont profité du système. De Gaulle n’était pas dupe lorsqu’il déclarait que certaines villes étaient martyres, il savait pertinemment que dans l’ombre, il y avait aussi des mouvements de collaboration qui entachaient notre pays en jetant à l’occupant nos valeureux résistants ! Parmi les exactions commises par les d’autres : les résistants de la dernière heure, j’ai une pensée toute particulière pour ces femmes tondues et humiliées par la foule.

Histoire de la Rose blanche
Le 22 février 1943, trois étudiants allemands d'une vingtaine d'années sont décapités à la hache dans la prison de Stadelheim, près de Munich.
Leur crime est d'avoir dénoncé le nazisme dans le cadre d'un mouvement clandestin, «La Rose blanche» (Die Weiße Rose en allemand).
Comment, de juin 1942 à février 1943 une poignée de jeunes étudiants chrétiens ont-ils pu défendre les valeurs démocratiques au prix de leur vie ? Comment ont-ils pu diffuser en douce six tracts incendiaires tout en inscrivant la nuit, des slogans engagés contre le nazisme sur les murs de Munich ?
Débuts de la résistance allemande
C’est à Ulm que le lycéen Hans Scholl (alors âgé de 14 ans en 1933), sensible aux discours de Hitler alors que le nazisme monte en puissance, auprès de la population allemande, qu’il s'engage avec sa soeur Sophie dans les Jeunesses Hitlériennes. Toutefois, il prend très vite ses distances, avec l’aide de ses parents et soutenu par l'éditeur Carl Muth du mensuel catholique Hochland. Il alors rompt avec le national-socialisme et se consacre à ses études de médecine. Il se passionne pour les penseurs chrétiens (Saint Augustin, Pascal) et l'écriture sainte et milite auprès d’un groupe de militants catholiques. Hans est arrêté une première fois et emprisonné en 1938.
En 1942, après avoir reçu des tracts reproduisant des critiques de l'évêque von Galen de Münster à l'encontre du gouvernement en place, sa décision est prise, il décide d'entrer en résistance par l'écrit.
Un noyau dur se constitue autour de Hans et Sophie Scholl (protestants) et de trois étudiants en médecine que lie une solide amitié : Alexander Schmorell (25 ans, orthodoxe et fils d'un médecin de Munich) ; Christoph Probst, (23 ans marié et père de famille), et Willi Graf (24 ans, catholique).
En juin 1942, aidé par Traute Lafrenz, une amie de Hans, le petit groupe décide d'appeler les étudiants de Munich à la résistance contre le régime nazi, véritable «dictature du mal».
Chronologie du mouvement « Die Weisse Rose »
En moins de quinze jours, ils rédigent et diffusent quatre tracts, signés «La Rose blanche» (Die Weiße Rose). Imprimés dans l'atelier de Munich mis à leur disposition par l'écrivain catholique Théodore Haecker, ils sont diffusés de la main à la main, déposés chez des restaurateurs de la ville ou adressés par la poste à destination d'intellectuels non-engagés, d'écrivains, de professeurs d'université, de directeurs d'établissements scolaires, de libraires ou de médecins soigneusement choisis.
Les tracts font référence à d'éminents penseurs (Schiller, Goethe, Novalis, Lao Tseu, Aristote) et citent parfois la Bible (*). Leurs lecteurs sont invités à participer à une «chaîne de résistance de la pensée» en les reproduisant et en les envoyant à leur tour au plus grand nombre possible de gens.
Willi Graf est enrôlé dans l'armée en juillet 1942 et découvre à cette occasion nombre d'atrocités. Quant à Hans Scholl et Alexander Schmorell, incorporés comme maréchal des logis dans la Wehrmacht en tant qu'étudiants en médecine, ils passent trois mois sur le front russe et constatent avec effroi l'horreur des traitements infligés aux juifs, aux populations locales et aux prisonniers soviétiques.
A partir de novembre 1942, les résistants de La Rose Blanche bénéficient du soutien de leur professeur Kurt Huber (49 ans, catholique convaincu) de l'université de Munich, qui devient leur mentor. Ils impriment et diffusent leurs tracts à des milliers d'exemplaires dans les universités allemandes et autrichiennes d'Augsbourg, Francfort, Graf, Hambourg, Linz, Salzburg, Sarrebruck, Stuttgart, Vienne et même de Berlin !
Le petit groupe collecte en même temps du pain pour les détenus de camps de concentration et s'occupe de leurs familles. Il est toutefois déçu par le peu d'écho de ses initiatives au sein de la population étudiante.
Un cinquième tract intitulé «Tract du mouvement de résistance en Allemagne» est distribué à plusieurs milliers d'exemplaires dans les rues, sur les voitures en stationnement et les bancs de la gare centrale de Munich ! Plus fort encore, en février 1943, Hans Scholl et Alexander Schmorell écrivent la nuit des slogans sur les murs du quartier universitaire : «Liberté ! Hitler massacreur des masses ! A bas Hitler !...»
Imprimé à plus de 2.000 exemplaires, distribué et envoyé par la poste, le sixième et dernier tract commente la défaite de Stalingrad, condamnant les méthodes nazies et invite la jeunesse du pays à se mobiliser.
Malheureusement, le 18 février 1943, Hans Scholl et sa soeur Sophie sont dénoncés, car ils onté été vu par le concierge de l'université de Munich en train de jeter des centaines de tracts du haut du deuxième étage donnant sur le hall. Ils sont aussitôt arrêtés avec leurs amis, livrés à la Gestapo puis emprisonnés à Stadelheim.
Un procès expéditif
Le 22 février 1943, le Tribunal du peuple chargé des «crimes politiques» se réunit pour un procès expéditif de trois heures. Il est présidé par Roland Freisler, venu exprès de Berlin. C'est l'un des chefs nazis les plus brutaux qui soient. Sophie Scholl, qui a eu une jambe brisée au cours de son «interrogatoire » par la Gestapo et comparaît sur des béquilles, lui fait face avec un courage inébranlable.
Freisler prononce lui-même la condamnation à mort pour trahison de Hans Scholl, de sa soeur ainsi de leur ami Christoph Probst.
Après avoir revu une dernière fois leurs parents, Robert et Magdalena Scholl, ils sont décapités par les nazis. Avant de mourir sous la hache du bourreau, Hans Scholl s'écrie «Vive la Liberté !» Depuis, les trois jeunes martyrs reposent les uns à côté des autres dans le cimetière voisin de la forêt de Perlach, au sud de Münich.
Quelques mois plus tard, un second procès frappe quatorze accusés pris dans la même vague d'arrestations : le professeur Kurt Huber, Alexander Schmorell et son camarade Willi Graf sont condamnés à mort. A l'automne 1943, le réseau de Hambourg est lui aussi démantelé par la Gestapo.
Dix autres membres - amis des Scholl, des jeunes étudiants des universités d'Ulm et de Sarrebruck, ainsi que des sympathisants actifs comme Eugen Grimminger qui les avait aidés financièrement - sont envoyés en camp de concentration où ils paieront aussi de leur vie leur participation aux activités du mouvement de la Rose Blanche.
Malgré son caractère confidentiel, la Rose Blanche bénéficie d'une notoriété nationale et même mondiale. Le 27 juin 1943, parlant de «la naissance d'une foi nouvelle, celle de l'honneur et de la liberté», l'écrivain allemand en exil Thomas Mann lui rend hommage sur les ondes de la BBC tandis que durant l'été 1943, l'aviation anglaise jette sur le pays un million d'exemplaires du dernier tract rédigé par le professeur Huber.
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