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  • : Stephane Cuny, un homme aux pieds en caoutchouc
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  • : Je suis ne en Algerie en 1957, pupille de la nation a six mois. Alors que mes pieds sont en caoutchouc (pieds valgus), un jour, un peu avant mes sept ans, un fabuleux chirurgien (des os) avec son scalpel, a accompli un miracle technologique... Depuis je marche, droit devant et je peins !
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Les asticots débiles

Ma modeste intervention consiste a avoir dessiné les yeux sur des balles de ping-pong et les avoir cousu sur ces longs tubes tricotés à la main, avec des fils spéciaux "plumes" et "chenille".


La semaine prochaine, elles accompagneront la grand-mère de deux petits garnements qui vivent à Münich (en Bavière) et j'imagine que si la créatrice, de ses asticots débiles, n'est pas polyglotte, je suis convaincu que Aristide et Jeanne, mes petits enfants, se chargeront de leur faire jouer en langue allemande et française.
Lundi 16 octobre 2006
Mon père était photographe, il immortalisait tout ce qu'il voyait. Que ce soit des scènes de combat, des charniers, des peuples en paix et des paysages, tout était imprimé sur pellicule, au travers de son "Leica", tant et si bien, qu'il photographiait également les scènes simples de sa vie familiale.

Le jour de l'enterrement de ma mère, en août 2005, je trouvais par hasard quelques unes de ses oeuvres, photographiées en Algérie, alors que je n'étais pas encore né...

Ces deux images trahissaient l'intimité de ma famille et j'en étais choqué. J'ai ainsi compris la vie qu'à pu vivre cette femme de militaire, longtemps livrée à elle-même et à une multitude de gamins, nés par je ne sais quel hasard, alors que mon père était sans cesse en mission. Peut être était-ce pour fuir une existence morne, sans intérêt, une vie de famille dans le dénuement le plus troublant. En tout cas ces images m'ont parlé, à moi, le petit dernier de cette fratrie qui préfère fermer les yeux...

La première image monochrome montre sur un pas de porte ensoleillé, cinq gamins dont une fille. Deux gamins se chamaillent : L'aîné tire la la benjamine, hurlante et grimaçante par le bras ; Parmi eux, un petit bout de choux brun, maigre et bedonnant. Ils sont tous maigres et en slip avec des scandalettes... Le cadet, lui est également assis, le regard fixant le ciel d'Algérie, étranger à ce groupe.

La seconde image est encore plus troublante : On y voit ma mère, une jolie brune aux cheveux longs et au ventre rond. Elle est assise devant une grande table en bois noirci. Elle affiche un regard vide et triste, la tête légèrement penchée. Ma soeur et un de mes frères à ses côtés... Cette table était en fait, une ancienne porte de prison militaire...

A la vue de ces deux images, j'ai compris ce que pouvait être sa vie à cette époque. Je me suis juré de veiller à ce qu'autour de moi, qu'à l'avenir, ni mes enfant ni moi, ne connaissent jamais celà.

Je vous pose la question suivante : Ce que l'on vit est-il toujours un choix (mûrement réfléchi) ou peut on être victime de son destin ?
par Pieds-Caoutchouc publié dans : Récit
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Vendredi 13 octobre 2006
Il y a maintenant neuf ans que cette aventure m'est arrivée.

Ainsi, le jour de mes quarante ans, je me suis offert une bicyclette, lors que je n'avais pratiquement jamais fait de vélo, hormis une période d'une semaine à Dampmart, en région parisienne, alors que j'avais une dizaine d'année. Une semaine où je tenais à peine en équilibre.

Trente sans avoir jamais enfouché une selle, c'est comme une première fois. Alors je sors du magasin avec un superbe vélo VTC, cadre acier, une belle fabrication PUCH, fabrique austro-italienne spécialisée en véhicules lourds du style tracteur... Ma petite reine pèse plus de vingt kilos, alors en cas de déséquilibre, c'est le gadin, voire le fossé !...

Bref, la première fois où je fais connaissance avec la machine, c'est pour faire cinq kilomètres à pied à côté d'elle puisque je ne parvenais pas à tenir en équilibre...
A force de patience et d'obstination, des conseils éclairés de ma fille de 19 ans, je parviens, en trois semaines, à tenir en équilibre et commence de belles ballades.

La ville de Vienne comportant plus de trois cent kilomètres de pistes cyclables, et le bord du Danube étant tout à fait adapté à ce genre d'exercice, je me suis régalé au bout d'un mois.

Quand je dis : au bout d'un mois, c'est qu'avant, j'ai collectionné les collisions avec :
- des petits vieux trop curieux étonné de voir un quadragénaire dodu et maladroit sur un vélo ;
- des gosses trop étourdis qui me bloquaient le passage et là, le système de freinage pas encore compris ;
- une touriste japonaise qui roulait en contre-sens ;
- Des horthensias mal plantés, au bord de la route ;
- Un Mercedes mal garée. Mon guidon s'est retrouvé encastré dans son coffre ;
- un nid de poule mal placé ;
- Un portail d'usine fermé, il me bloquait le passage et je ne trouvais plus mes freins ;
- Enfin, un énorme roncier dont j'ai ratiboisé des troncs d'un diamètre d'environ trois centimètres. Il était mal placé et au bout d'une descente gravillonnée... Je me suis retrouvé bloqué en son centre avec toutes les épines dans mes chairs...

J'ai failli écraser l'épouse d'une sommité qui sortait tranquillement de chez elle. Elle m'a qualifié de "danger public"... Peut-être n'avait-elle pas tout à fait tort. En tout cas, elle ne m'en a jamais tenu rigueur et me trouvait malgrès tout encore fréquentable...

Maintenant, je sais faire du vélo et j'ai fait des progrès considérables ! Je me sens comme suspendu entre terre et ciel...

Toutefois, depuis mon retour en France, ma collection de vélos (car entre temps je me suis tellement perfectionné dans ce domaine que je suis devenu "collectionneur") reste dans un hangar. En effet, en France, même à la campagne, être un cycliste constitue un véritable danger pour lui même, car les automobilistes n'hésitent pas à décimer la population cycliste récalcitrante en faisant des "cartons"...

J'attends patiemment que le "Monsieur Vélo" fraîchement nommé par le gouvernement, fasse son travail : imposer aux automobilistes le respect du code de la route !
par Pieds-Caoutchouc publié dans : Récit
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Dimanche 1 octobre 2006

  Yvonne aimée...

 

 

 

La femme dont je vais narrer l'histoire est une femme ordinaire, née à Paris en 1926. Elle peut être votre mère, votre sœur ou tout autre connaissance qu'on croit connaître. Elle s'en est allée et a emporté avec elle mille secrets de famille. Est-ce par pudeur ou par fierté, nul ne le saura puisqu'elle n'est plus là pour répondre à la moindre question.

Alors qu'elle avait à peine quatorze ans, notre pays était envahi par l'occupant d'outre Rhin. Les français s'épiaient et n'hésitaient pas à se dénoncer entre eux aux autorités occupantes, pour les raisons les plus folles et les plus crapuleuses.

Ses parents étaient séparés et la procédure de divorce en cours, elle s'est donc installé avec sa mère à Nantes, dans un appartement de la rue de la Juiverie (débaptisée pendant la guerre et renommée « rue de la Joliverie »), jusqu'à ce qu'un raid aérien s'abattait sur Nantes et Saint-Nazaire, le 16 septembre 1943, en fin d'après midi.

Sa mère était chanteuse d'opérette et, indépendante, courrait les cachets, emmenant avec elle ses propres costumes de scène, qu'elle concevait elle-même. Elle s'appelait Anna, d'origine flamande au caractère et à la volonté bien trempés.

Anna, aidée de sa fille récupèrent dans les décombres les quelques fourrures et bijoux qu'elle possède, qu'elle vendra pour ouvrir un stand de mercerie au marché de Talensac, puisque sans ses costumes, elle devait se résoudre à quitter la scène.

Yvonne attendait un enfant quelle mettait au monde à la fin de l'année 1943, un beau petit garçon, qui aujourd'hui est un homme mûr et accompli, même si son départ dans la vie a été difficile. Le secret de sa conception a été bien gardé. Est il le fils d'un valeureux soldat, d'un maquisard mort sous les balles de l'ennemi, lors de la prise du maquis de Saffré – Maquis, qui je le précise, a été livré à la Gestapo, par de « bons et courageux paysans, lassés de se faire voler quelques volailles – ou enfin le fils d'un « boche » ?

Toujours est-il que sa mère avait dix-sept ans, quand le marmot est venu au monde et qu'à cette époque, la majorité qualifiée était à vingt et un ans ; qu'une mère célibataire, a fortiori mineure, ne pouvait reconnaître son enfant et surtout que pendant cette période trouble de l'occupation, une fille-mère était perçue comme la plus infâme des putains !

Le gosse est né en bonne santé malgré les privations. La gamine de dix-sept ans et sa mère cohabitaient et tentaient de l'élever tant bien que mal...

Que c'est il passé ? La mère et la fille ne s'entendaient pas vraiment, tellement Yvonne ressemblait à Roger, son gredin de père qui avait abandonné sa famille pour s'acoquiner avec une « traînée normande ». Elle en entendait de vertes et des pas mûres, Yvonne, qui avait eu l'outrecuidance de se faire engrosser par un inconnu et qui était encore insouciante, tant la guerre lui avait dérobé son enfance. Elle avait abandonné son innocence au vestiaire et subissait une maternité ponctuée d'injures de bonnes-femmes du quartier et des reproches de sa propre mère.

1944, Le petit garçon de Yvonne allait avoir un an, lorsque la France était libérée par les alliés. C'était l'allégresse et la foule était en liesse... Des centaines de femmes soupçonnées d'avoir « couché avec l'ennemi » était traînées en place publique, tondues, leur crâne marqué d'une croix gammée rouge, entièrement dénudées et lâchées en proie à la foule haineuse, qui crachait, vociférait et battait sauvagement les pauvres filles. Yvonne a-t-elle été la proie de cette terreur ? Peut-être, nous ne le sauront jamais, mais les Nantais qui étaient présent, ce jour là, devraient s'en souvenir.

Toujours est-il que Yvonne est partie du jour au lendemain en laissant son fils à sa grand-mère, afin qu'il ne manque de rien. Elle a quitté Nantes pour n'y revenir qu'une seule fois me rendre visite et lorsque nous visitions le centre, elle a reconnu l'école religieuse qu'elle fréquentait et lorsque nous passions dans un autre quartier, elle est devenu livide et, me demandait de partir au plus vite, prétextant qu'un mauvais souvenir venait de refaire surface.

Yvonne est morte à soixante-dix-huit ans, elle n'a jamais eu la possibilité de récupérer son premier enfant, que pour les vacances. Elle est morte et le cortège qui l'a suivi n'était constitué que de ses enfants survivants, de certains de ses petits enfants. Elle n'avait plus aucun ami, seulement un voisin qui lui est resté fidèle, jusqu'à la fin.

Toute sa vie, elle a crû à l'amour, mais l'amour n'a jamais crû en elle. Nous somme nés nombreux de ses nombreux amours peuplés de désamours.

Le destin que nous avons partagé avec elle n'était pas bien reluisant, ce n’était pas vraiment de sa faute, puisque toute sa vie elle aura cherché ce père qui était aux abonnés absents. Jamais elle a connu l’exemple du patriarche bienveillant. Malgré toutes les misères que nous avons partagé, certains d'entre nous s'en sont plus ou moins bien sorti. Peut être possédons nous une certaine force en héritage, pour nous relever à chaque chute.

Pour ma part, elle a pris la sage décision de me confier au meilleur chirurgien pour me permettre de marcher normalement et devenir un homme. Bien avant qu'elle parte, nous avons longuement parlé et pleuré et elle est parti en paix avec moi. Je n'ai pas de regret. Certains des miens en ont et pour eux, le travail de deuil est double puisque la vérité est morte deux fois !

 

 

On a toujours des choses à reprocher à ses parents et il ne faut pas oublier que c'est un métier ingrat qui ne s'apprend pas ! Mes propres enfants ont certainement des griefs envers moi, c'est sûr. Toutefois qu'ils se rassurent, à leur tour, leurs propres enfants les jugeront un jour.

On ne peut apprécier aujourd'hui une situation passée que si on se plonge dans le contexte de l'époque (politique, social et culturel). Oublier ce détail, serait la pire des ineptie !

 

 

Nantes, le 30 septembre 2006

 

 

par Pieds-Caoutchouc publié dans : Narration
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