Anna, fille des Flandres…
Elle serait fière que son petit-fils parle d'elle...
Elle s'appelait Anna GEENS, d'origine flamande et fille de tailleur sur mesure pour homme, elle parcourait Anvers, pour acheter une bobine de fil nécessaire au travail de son père. Après l’école, elle était habituée à servir de pompière (1), à l’atelier de François, son père, à terminer le doublage de vestons, repasser les doublures de soie grises et terminer les dernières finitions avant la livraison finale des costumes d’hommes…
Anna, la jeune Flamande était une artiste douée d’une très belle voix. Elle arrive à Paris à dix-neuf ans et ne maîtrisant pas le français, elle apprend rapidement notre langue et s’engage dans une troupe d’opérette. Elle devient très vite indépendante, une artiste au cachet comme on dit. Court toujours à travers le monde et surtout l’Europe…
Issues de l’opéra bouffe, au style plus « aérien », les premières opérettes ont été popularisées en France par Jacques Offenbach au dix-neuvième siècle puis Albert Willemetz, Edmond Audran, Charles Lecocq, Robert Planquette, Louis Varney, André Messager… Plus tard, l'opérette est adoptée par l’Autriche, pays de l'opérette viennoise, jusqu'au milieu du vingtième avec des noms tels que Franz Lehar, Ralph Benatzky... Dans les années 1970 Francis Lopez faisait un triomphe au théâtre du Châtelet en revisitant certains livrets et en créant de nouvelles opérettes très populaires chantées par Luis Mariano… Enfin, depuis la fin du vingtième siècle, ce style un peu désuet laisse la place à une toute autre forme de spectacle, aussi léger et nécessitant un espace plus « gigantesque » et « télévisuel » pour des présentations plus grandioses qui nous viennent des comédies musicales…
Les répertoires qu’interprétait Anna, étaient issue de l’opéra bouffe, d’un style plus léger et dont les sujets ne tiennent pas de l’art lyrique, mais d’histoires plus « superficielles », comme par exemple ; « Les mousquetaires au couvent », « La veuve joyeuse » etc. .
En tout cas Anna et sa fille Yvonne vivaient à Nantes, lorsque le 16 septembre 1943 à seize heures, la ville était bombardée et en grande partie détruite. Toute sa collection de costumes de scène (qu’elle avait elle-même confectionné) étant réduite en fumée. Alors Anna s’emparait des quelques objets précieux qui lui restait du désastre et s’installait avec sa fille à Clisson. Avec le peu de fortune qu’elle possédait, elle s’achetait un fonds de camelot en mercerie et quittant définitivement les paillettes et les planches à l’âge de quarante-sept ans…
Anna était devenue mercière, puisque depuis toute petite elle connaissait les gros-grains, rubans et dentelles du Puy ou de Calais. Elle faisait dorénavant les marchés et me donnait à cette époque le goût des belles étoffes.
De ce passé prestigieux, elle en conservait les daguerréotypes sur les murs de sa chambre, mais n’en parlait jamais. Je me souviens d’une femme raffinée et cultivée, volontaire et obstinée…
(1) Pompier, pompière, était une fonction jadis qui consistait à ce que les apprentis tailleurs, qui étaient également des petites mains, pompaient l’air chaud issu du chauffage à charbon, afin d’en attiser les braise.
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